Tesla, VW, Vauxhall : l’automobile s’ajuste

Par Tony Greaux | Le vendredi 10 novembre 2017

Tesla annonce une perte historique pour le 3 ème trimestre 2017.

Nous parlons d’une perte nette de 619,38 millions de dollars. En soit, qu’un constructeur automobile enregistre une perte ce n’est pas inédit, mais pour Tesla il s’agît véritablement d’un trou d’air qui vient probablement révéler d’autres difficultés.

Les difficultés de production de Model 3 et les retards de livraison engendrés illustrent à quel point il est difficile de changer d’échelle. Passer d’une production limitée et donc facile à contrôler à une production de volume suppose d’intégrer un facteur « imprévu/difficulté de production/contrôle qualité » que les constructeurs « à volumes » ont l’habitude de piloter. Même si ces imprévus existent encore chez ces mêmes constructeurs généralistes, ils sont relativement bien intégrés au process de production. Ce qui est intéressant ici c’est de constater que ce facteur « imprévus » a été totalement sous-dimensionné voire ignoré par Elon Musk.

Là où la communication de Tesla inquiète c’est qu’elle n’établit pas d’horizon de sortie du tunnel, laissant planer un doute. Au niveau des actionnaires, la punition a été immédiate mais limitée. Le cours de l’action a chuté de 17% sans pour autant effacer la progression constatée depuis le début de l’année. Ce qui montre tout de même que , à date, les investisseurs sont confiants et adressent simplement un avertissement (ou en profite pour prendre leur bénéfices et racheter les actions à un meilleur cours)

Quant aux clients (ceux qui ont versé un acompte et ainsi financé le projet, voir notre précédent sujet), il existe 2 réactions possibles. S’ils se comportent comme des clients premiums et exigeants,  on peut imaginer qu’il y aura un certain nombre de rétractations. S’ils se considèrent avant tout comme des bêta testeurs (ce qui n’est pas impossible compte tenu de l’ADN de la marque Tesla), ils seront patients et remonteront avec plaisir les éventuelles imperfections dans une relation directe avec la marque renforçant ainsi sa spécificité (une marque innovante, qui prend des risques et qui s’adresse directement à ses clients sans intermédiaire de distribution)

 

 

 

Pour finir, ces mauvais résultats tombent juste après l’annonce d’une vague de licenciement relativement inattendue puisque ce sont plus de 400 collaborateurs qui ont été licenciés pour « non atteinte des résultats ». Même dans sa gestion des ressources Tesla est …différente.

VW annonce le régime à suivre pour que les réseaux de distribution s’adaptent au marché.

Le « dieselgate » a laissé des traces et la baisse d’intention d’achat de moteurs diesel pèse sur les objectifs de croissance de nombreux constructeurs. De quoi amener la direction du groupe VW à rechercher des gisements d’économies.

La réorganisation générale du retail pour s’adapter aux achats online dans de nombreux secteurs d’activité est une excellente opportunité. Le constat est simple : des concessions jusque là désignées, dimensionnées et organisées pour répondre à un public de particuliers qui s’y rend de moins en moins.

VW saisit l’occasion pour augmenter les objectifs de profitabilité de ses 3000 distributeurs en Europe, avec un objectif de cible de +10%. Le temps de réparation devrait ainsi être réduit de 70 %. En contrepartie, les réseaux devront entamer un régime sec…

Juergen Stackmann, le Directeur des ventes de la marque VW estime que l’on pourrait diviser le staff moyen des concessions par 4 à termes (aujourd’hui le staff moyen est de 35 personnes par point de vente). Ceci forcerait naturellement les réseaux à opérer une forte réorganisation des différentes activités.

 

VW et Tesla

PSA décide de réduire la voilure de Vauxhall

Un Brexit qui complique la réflexion sur la production automobile au UK et des objectifs de productivité que PSA souhaite étendre à l’ensemble de ses marques et sites. Il n’en faut pas plus à PSA pour identifier une question de « compétitivité ».  Celle-ci se traduira par un plan de départ environ 400 personnes d’ici à la fin de 2017 chez Vauxhall UK.

D’autres ajustements de fonds sont prévus, ainsi on apprend que les synergies entre les différentes plateformes du groupe estimées à date à 1,1 milliard d’euros d’ici 2020 et devront se prolonger pour atteindre 1,7 milliard d’ici à 2026 (source le Figaro).

Un premier objectif très clair est d’abaisser le point mort financier de l’entité « Opel/Vauxhall » à 800 000 véhicules produits. Pour réussir ce plan, le groupe entend développer 9 nouveaux modèles d’ici 2020. Tous ces modèles seront bien entendu développés sur des plateformes communes.

Vauxhall et Tesla


Tony Greaux

Tony a une large expérience dans l’univers automobile. Il rejoint le pôle Go Between du groupe Argus en tant que consultant. Il a auparavant géré le pôle Brand & Ad automotive de TNS Sofres, et y a animé les grands comptes du secteur.


Laisser un commentaire