Oslo rêve électrique

Par Marguerite Candelier | Le vendredi 9 juin 2017

Le gouvernement norvégien souhaite pour 2025 que 100% des voitures vendues dans la capitale soient électriques ou hybrides. Le projet a pour ambition de contrer le réchauffement climatique ; d’améliorer la santé publique et de penser à l’après-pétrole.

En 2016, déjà 40% du parc automobile du pays était composé de véhicules électriques (VE), hybrides ou hybrides rechargeables. 25 000 véhicules électriques ont été vendus cette même année. Ces chiffres font de la Norvège le pays où l’électrique a la part de marché la plus importante au monde.

Sur un total de 154 576 véhicules en circulation. Adapté de Norsk Elbilforeningen, association promouvant les véhicules électriques en Norvège et comptant plus de 40 000 adhérents.

Les 10 véhicules électriques les plus vendus dans le parc automobile norvégien. Source: Elbilforeningen

 

Comment tenir le pari ?

Les politiques d’incitation font partie intégrante du fonctionnement politique norvégien.

Débutée en 1990, la politique d’incitation publique à l’achat de véhicules électriques a pour but le « zéro émissions ». Cette aide est chiffrée à 465 millions d’euros par an.

Elle comprend notamment :

Une Nissan Leaf, véhicule électrique le plus populaire en Norvège, empruntant une voie de bus

Aussi, des déductions fiscales avantageuses et non plafonnées (proportionnelles au prix d’achat du véhicule) sont appliquées et le rechargement des batteries sur les bornes publiques est gratuit ! 100% de l’électricité en Norvège provient de l’énergie hydroélectrique et est donc très abordable.

A noter que ces aides seront probablement arrêtées au fur-et-à-mesure que la transition s’opérera. Aux heures de pointes, on peut déjà remarquer des bouchons dans les voies de bus provoquées par le nombre de véhicules électriques les empruntant. Les Norvégiens ne sont d’ores-et-déjà plus autorisés à les emprunter s’ils sont seuls dans leur véhicule.

A l’inverse, les propriétaires de véhicules polluants (essence et diesel) souffrent d’une fiscalité confiscatoire et sont interdits de conduire dans Oslo pendant certains pics de pollution.

En dehors de l’automobile, on peut remarquer dans d’autres secteurs la volonté du gouvernement – peu importe l’étiquette politique – de rendre le pays « vert ». Par exemple, dans les supermarchés, on peut facilement remarquer l’incitation à la consommation de produits écologiques. En effet, ceux-ci sont moins chers que les produits non-écologiques, une situation qui serait surréaliste en France.

L’électrique victime de son succès

Les incitations fonctionnent ! L’électrique a séduit largement une partie de la population d’Oslo, dont ses cadres. En centre-ville, il est difficile de trouver une place sur une borne de recharge, et les Osloïtes se lèvent encore plus tôt pour s’assurer d’en trouver. En revanche, il faut tout de même nuancer la situation : si ces bornes du centre-ville ont un taux d’occupation record, il n’en est pas de même pour celles situées dans les quartiers plus modestes ou en périphérie d’Oslo. Malgré les incitations mises en place, beaucoup de norvégiens n’ont pas les moyens d’acquérir un véhicule électrique et souffrent de cette transition « forcée ».

Des places de parking avec bornes de rechargement gratuites en plein centre-ville de la capitale

Une campagne sur-mesure made in Mercedes-Benz

La Norvège et en particulier Oslo est devenue un marché si attractif que Mercedes-Benz créé une campagne spécialement dirigée aux Osloïtes. Avec pour thème la mobilité électrique, elle regroupe tous les acteurs de la transition électrique: le gouvernement norvégien, l’association Elbilforeningen et Mercedes-Benz.

 

Et dans les terres ?

50% du parc électrique norvégien est concentré dans la grande région d’Oslo (30% de la population du pays). En revanche, le marché est beaucoup moins dynamique dans le Nord du pays, où l’on retrouve beaucoup moins de véhicules électriques. Malgré la géographie du pays, comportant de nombreuses régions totalement dépourvues d’activité humaine ou seulement de villages isolés, l’Etat souhaite à terme parvenir à une répartition des bornes de rechargement électrique unifiée sur l’ensemble du territoire jusqu’à la ville de Tromsø, la « Paris du Nord ». Un Norvégien devrait être capable de trouver une borne de rechargement tous les 50 km sur les routes principales. Un vrai challenge en termes de faisabilité.

Une boutique pop-up Tesla à Tromsø, au Nord du pays

Plusieurs Tesla en recharge sur des bornes installées dans la région du fjord de Geiranger

 

Norvège : Héroïne environnementale ou hypocrite ?

La Norvège est le 1er producteur de pétrole en Europe occidentale et 13ème au monde ! Pour les Norvégiens, conduire un véhicule électrique est un moyen de se donner « bonne conscience » vis-à-vis de l’environnement. Le pays est aussi le 3ème exportateur de gaz naturel au monde. Autant dire que le pays a les moyens de subventionner ses habitants afin de réussir sa transition vers l’automobile électrique. Mais jusqu’à quel point ?

Aussi, bien que la Norvège pense à l’après-pétrole pour elle-même, elle compte toujours aujourd’hui sur l’exportation de son pétrole et de son gaz naturel comme source de revenus principale…

Bonus: le eRally de Geiranger

Organisé par l’association Elbilforeningen, le festival attire plusieurs propriétaires de véhicules électriques ou hybrides pour une balade dans les routes montagneuses de l’ouest du pays. C’est l’occasion pour l’association de prouver que les véhicules électriques ne sont pas seulement des véhicules urbains.

On vous laisse admirer les paysages !


Marguerite Candelier

Marguerite s'apprête à commencer un M.Sc en Management spécialité Marketing et s'intéresse aux mutations liées à la transformation digitale.


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