L’industrie auto a-t-elle de l’avenir ?

Par Eric Saint-Frison | Le mercredi 7 juillet 2010

Cela fait combien de temps que l’on entend parler de la crise automobile ?
Vous vous souvenez de Vilvoorde (fermeture de l’usine Renault en 1997), de la fin de Matra, de celle des marques anglaises dans les années 90, ou encore des crises à répétition des 70’s et du cimetière des marques disparues pendant les 30 dernières années. Le secteur automobile est malade depuis bien longtemps, hélas.

Et malgré ces répétitions de problèmes, les industriels du secteur, les constructeurs, les équipementiers ont continués de porter des outils de production de plus en plus importants.
Il est bien loin le temps ou Mr Foltz, Président de PSA annonçait à la presse un taux d’utilisation de ses usines de 108% ! Ceci justifiant l’adition d’autres outils en Europe centrale;
Sans réduire ce dont disposait le groupe en Europe de l’Ouest.

Le problème vient exclusivement de cette difficulté à aligner l’outil de production (très lourd, voir impossible à ajuster dans le court terme) avec la demande du marché (qui elle est très réactive, et ce, dans des espaces temps de quelques semaines).
Il l’est en fait depuis que les capacités de production dépassent les besoins réels du marché, c’est à dire depuis environ 35/40 ans !

Le chiffre communément accepté de surproduction en Europe est de 35% !!!
Un tel niveau de surcapacité n’est tout simplement pas supportable, ni dans le l’immédiat, ni dans le long terme.

Il alimente la guerre des prix, des remises, qui elle même détériore la valeur des produits et des marques. Comment fidéliser un consommateur sur une marque qui varie dans ses tarifs au gré des événements de la semaine ! A chaque achat, plannera le doute : « n’aurais-je pas dû attendre » ou « je me suis fait avoir, j’ai acheté trop tôt ».

De plus le décalage entre la demande et la production va se retrouver encore accru par l’adjonction des outils web : les Internautes sont habitués à « tailler sur mesure » leurs produits commandés sur Internet et à les vouloir vite, quand les outils industriels sont incapables de réagir à moins de quelques semaines (voir mois pour certains).
Cette équation n’est plus durable, ni supportable.

Il va faloir que les constructeurs soient courageux, qu’ils acceptent, comme ce fût le cas sur la charnière 2008/2009 de réduire leurs capacités de production, et de prendre le risque de peut être perdre quelques parts de marché dans le court terme. Mais de gagner en structure de coût, en rentabilité dans le moyen, long terme et en flexibilité d’adaptation aux demandes clients.

Les réseaux de distribution ont eux aussi besoin d’accepter l’idée qu’une voiture cela se vend pour sa valeur réelle pas pour le niveau de remise accroché au produit. Sinon, ils seront les 1ères victimes, les constructeurs n’auront plus besoin d’eux et là encore Internet représente soit une opportunité, soit une menace pour ceux qui ignorent sont usage et son utilité.

En 2009, si les états n’avaient pas mis la main à la poche, ce sont environ 2,5 millions de voitures neuves qui seraient restées sur les parcs des constructeurs.
Les conséquences auraient sans doute été dramatiques, causant vraisemblablement un nombre élevé de faillites, aussi bien du côté industriel que de celui de la distribution.

La crise n’est donc pas dernière nous puisqu’elle est structurelle, même si son volet excessif de 2008/2009 était conjoncturel et à rajouter de la complexité à un problème éxistant.


Eric Saint-Frison

Eric a créé l'Agence Digital Dealer rachetée en 2014 par le groupe Argus. Une expérience de 30 ans dans l'Industrie Automobile, ancien Président de Ford France, il se passionne pour le marketing, Internet... sans oublier l'Automobile !


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