CES 2018 : le Brain to Vehicle de Nissan

Par Nicolas Plumet | Le lundi 29 janvier 2018

Depuis quelques années le CES de Las Vegas est devenu un rendez-vous incontournable pour les constructeurs. Chaque année, il se diversifie un peu plus. L’édition 2018 a vu Nissan apporter une touche futuriste avec un projet novateur à la Black Mirror : Nissan Brain to Vehicle Technology.

 

Comment ça marche ?

Tout repose sur l’analyse des ondes cérébrales, la détection et l’analyse de l’activité de notre cerveau. Pour ce faire, Nissan s’est inspiré des outils scientifiques et médicaux préexistants pour mettre au point un système avec intelligence artificielle de détection et d’analyse en temps réel d’ondes cérébrales, appliqué à l’automobile. Celui qu’on avait pu voir dans les premiers tests (voir vidéo plus bas), avec l’accent mis sur la fonctionnalité, a été repensé et présenté avec un design plus esthétique et plus facile à porter au CES 2018 :

Sans entrer dans les détails techniques et le fonctionnement du cerveau, son utilisation est pour le moment binaire : prédire et détecter. La première pour assister la conduite en captant les ordres envoyés par le cerveau pour l’exécution d’un mouvement (par exemple un mouvement du pied droit pour accélérer) et en ordonnant au véhicule de réaliser l’action. Cette anticipation permet de gagner entre 0,2 et 0,5 secondes de temps de réaction, ce qui peut être non-négligeable dans le cas d’un freinage brusque pour éviter une collision par exemple, et en même temps présente l’avantage d’être quasiment imperceptible pour le conducteur. Cette fonctionnalité concerne donc la conduite manuelle et agît comme un assistant de conduite.

La seconde consiste à détecter les écarts entre les attentes du conducteur, l’état qu’il souhaiterait atteindre (dans lequel il se sent bien) et la réalité, ce qu’il expérimente pendant sa conduite. Si le système Brain to Vehicle (B2V) détecte une situation d’inconfort, l’intelligence artificielle peut modifier le style et / ou la configuration du véhicule pour diminuer et faire disparaître cet état irritant pour le conducteur. Cette compétence est associée au mode autonome du véhicule. On peut imaginer un passager gêné par la vitesse trop rapide du véhicule par exemple. Cette intelligence artificielle rappelle un peu ce qu’avait proposé Honda au CES de l’année dernière.

Le casque est directement relié aux systèmes autonomes de la voiture pour une réaction immédiate du véhicule.

 

Les objectifs et la vision de Nissan

A travers cette technologie, Nissan, poursuit deux objectifs bien distincts :

Le constructeur reste transparent en annonçant que cette technologie en est à ses débuts et que la technologie ne sera pas disponible avant 5 ou 10 ans. De quoi laisser le temps à Nissan d’ajuster son B2V aux évolutions que connaissent et connaîtront les véhicules autonomes et surtout de le garantir sans risque dans la mesure où il est en contact direct avec le cerveau.

Cette démarche s’inscrit dans le projet Nissan Intelligent Mobility du constructeur et place ce dernier au premier plan en termes d’innovation. Nissan a déjà mené des tests à Atsugi au Japon comme dévoilé dans la vidéo de présentation de son concept lors du CES qui en dit long sur l’orientation prise par la marque nippone :

 

La vision de Nissan répond à une crainte dont on entend souvent parler lorsqu’on aborde le sujet des voitures autonomes : la dépersonnalisation de la conduite ou l’oubli, la disparition du plaisir de conduire. Et c’est une crainte justifiée, si nous pouvons retourner nos sièges et discuter avec nos proches tout le long d’un trajet, qu’en est-il du plaisir de conduire ? Nissan s’est positionné sur ce créneau avec son approche B2V.

Le docteur Lucian Gheroghe explique sa philosophie dans une interview accordée lors du CES : « le plaisir de conduire, pour moi et pour Nissan, est quelque chose qui ne devrait pas disparaître. Nous ne construisons pas des systèmes intelligents pour dissocier le conducteur du circuit. Je veux prouver que mélanger les intelligences n’est pas remplacer l’intelligence. Le plaisir de conduire aujourd’hui est une niche accessible seulement aux bons conducteurs. Les systèmes intelligents ne sont pas supposés faire disparaître cette niche mais l’étendre à la majorité des conducteurs ».

Le positionnement de Nissan est d’autant plus intéressant qu’il promet de rendre l’expérience de conduite plus engageante et plus appréciable pour le conducteur contrairement à la tendance croissante des véhicules autonomes.

L’avis d’Argus Conseil

Rendez-vous dans 5 à 10 ans donc pour voir peut-être cette nouvelle façon de conduire fonctionnelle et adoptée. L’accès au cerveau est un concept qui peut être rédhibitoire pour certains. Si elle compte aller au-delà de l’intention de se donner une image high-tech et commercialiser son offre, la marque japonaise devra marketer au mieux et surtout communiquer. Le but étant de convaincre un maximum d’early adopters en proposant une technologie au point et ayant fait ses preuves, et surtout avec des bénéfices utilisateurs immédiats et tangibles. Autant l’initiative de faire baisser le temps de réaction peut s’avérer louable en conduite assistée, on reste un peu plus sceptiques sur l’apport réel de la technologie en conduite 100% autonome. Le véhicule n’ayant en effet par définition plus besoin d’action humaine pour fonctionner.

On peut se poser la question : jusqu’où iront donc ces innovations ? Analyser les schémas et les réactions de notre cerveau, en réaliser des modèles, les coupler au deep learning des voitures autonomes ? Les voitures autonomes signifient se faire conduire par une machine mais dans ce cas précis, cela deviendrait une machine qui nous ressemble ? Ou pire, prendre le risque de perdre le contrôle de son cerveau au profit de la machine ? Un beau scénario pour la saison 5 de Black Mirror.

 

 

 

 

 

 


Nicolas Plumet

Nicolas suit actuellement une formation en marketing stratégique et s'intéresse aux voitures de demain ainsi qu'aux changements sociétaux que ces dernières vont amorcer.


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